je suis heureuse de vous présenter la première légende Bretonne dont fera l'objet cette section

Bon...il existe tout un tas de compte et légendes bretonnes. La tradition veut que chaque histoire à transmettre soit reformulée par son compteur...presque personnalisé. C'est ainsi que de nombreuses versions de la disparition de la Légendaire Ville D'YS ont vu le jour.
Permettez moi de vous en compter une...
Tout d'abord...savez vous où se situait la ville d'Ys ?

Dans la Baie de Douarnenez, quand la lune se reflète sur lamer, on entend un carillon, très loin. C'est celui des cloches de la ville d'Ys....
En ce temps là, la ville d'Ys (ou Is...) était la plus belle qui fût au monde, si belle que lorsque les français construisirent leur capitale, ils l'appelèrent "Par-Is", C'est à dire "semblable à Is".
Ys était entourée de formidables murailles, battues par les vagues. Quand la mer était haute, l'esu assiégeait la ville de toutes parts. Elle se heurtait aux solides portes, qui avaient disait-on, été construite pas les Korrigans, et que rien ne pouvait faire cèder. Seul le roi possédait les clés, qu'il portait accroché à so cou, de jour comme de nuit.
Ce roi s'appelait Gradlon. C'était un homme bon et généreux. Lorsqu'il était jeune, il avait courru l'aventure, loin, jusqu'en scandinavie, où il avait épousé une fée, mais à l'époque où se passe cette histoire, il était devenu vieux et un peu triste. Souvent, on le voyait errer sur les remparts de la ville. Il regardait la mer, longtemps, comme si elle devait le consoler de quelque chose.
- Ah! se plaignit-il un jour à son ami St-Gwoénolé, ma fille deviendra-t'elle un jour raisonnable ?
St-Gwénolé ne répondit pas.Il savait bien que Dahut, la fille du roi Gradlon et de la Fée de Scandinavie, n'était pas seulment déraisonnable, il la croyait mauvaise, mais il ne voulait pas peiner le bon roi.
- Pourquoi ne retourneriez-vous pas à Quimper? demanda-t-il. Vous y seriez loin de votre fille, et sa conduite vous tourmenterait moins. Le roi réfléchit. Un long moment, il demeura silencieux, puis enfin:
-Un jour; commença-t-il, un jour que je chassais dans les forêts du Menez-Hom avec une troupe nombreuse, nous nous sommes perdus. Par hasard,nous arrivâmes à une hutte de branchages, où vivait un hermite d'une grande sainteté. Vous le connaissez.
-C'étais mon bon maitre, St Corentin.
-Comme nousn'avions rien mangé depuis l'aube, reprit le roi, nous avions grand faim, mais le pauvre ermite qui vivait dans le dénumentle plus complet, ne possédait rien pour nourrir une troupe comme la nôtre. Il fit venir un cuisinier et lui confia un petit morceau de poisson, puis appela l'échansson et lui donna une cruche d'eau. Comme ces deux serviteurs restaient tout ébahis, St-COrentin leur dit :"portez eci à votre maitre".
Gênés mais n'osant désobéir, les deux serviteurs vinrent vers moi. C'est alors que tout le monde vit que l'eau c'était transformée en vin, et que les poissons se multipliaient, jusqu'à appaiser la faim de toute ma troupe.
-Je me rappelle ce miracle, dit St-Gwénolé, preuve de la très grande sainteté de mon vénéré maitre.
-Alors, continua Galdon, j'ai dit au Saint ermite:"Il ne faut point quevous viviez loin des hommes, il fait quevous leur apportiezvotre lumière. Je vous donne ma bonne ville de Quimper, son palais et ses églises, et je promets solennellement de faire construire un monastrère à Landévennec".
Ayant fini ces mots, le roi regarda son ami:
-Quimper nem'appartiens plus, vous le voyez. Chez moi, c'est ici, à Ys, et j'y resterai. Et puis j'éspère encore pouvoir quelque chose pour ma fille. Si sa mère n'était pas morte alors qu'elle était toute jeune, peut-être neserait-elle pas devenue ce qu'elle est...
Pendant ce temps, dans les salles toutes illuminées du château, Dahut donnait une fête. Comme chaquesoir, de cent lieues à la ronde, des seigneurs étaient arrivés, attirés par la magnificence de la ville et la réputation de ses fêtes. On s'y amusait plus que partout ailleurs, même si oncroyait savoir qu'il y aurait quelques danger à y participer.
On murmurait que certains jeunes seigneurs avaient disparu, bien qu'on ignorât comment.
Ce soir-là, alors que la fête battait son plein, unserviteur s'approcha discrètement d'un jeune homme très beau.
-Seigneur, chuchota-t-il, notre demoiselle Dahut vous a remarqué...
Le jeune seigneur se sentit très flatté. Au millieu de la grande fête, parmi tous ces gens, la princesse avait porté ses yeux sur lui ! Le serviteur poursuivit:
-Elle vous a fait donner ce masque pourvous cacher le visage et la rejoindre dans la chambre dès que le bal sera fini.
Le coeur battant, le jeune homme prit le masque et attendit avec une grande impatience lafin de la soirée. Puis, mené par un serviteur tout de noir vêtu, il rejoignit la belle Dahut.
Avant que le jour ne se lève, elle le renvoya:
-Partez maintenant, mais remettez ce masque. Je ne veux pas qu'on sache qui sort de ma chambre.
Le jeune homme fixa le masque surson visage, et aussitôt le masque se ressera, se ressera jusqu'à l'étouffer. Le jeune homme tomba sans connaissance au pieds de Dahut.
Alors, la princesse fit un gest au serviteur habillé de noir.Sans un mot, celui-ci ramassa le seigneur, le jeta en croupe sur son cheval, et s'en fut au galop. Il connaissait, pas loin de Huelgoat, un précipice, où cet amant imprudant irait rejoindre les autres. (Encore aujourd'hui, dans le nuit sombre, motent de ce précipice, les plaintes des morts.)
Le lendemain, le serviteur du jeune seigneur le chercha partout, mais il avait disparu.On supposaalors qu'ayant trop bu, il avait voulu se premener sur les remparts et était tombé à la mer.
Personne ne s'inquiètait vraiment de ses disparitions, et bien qu'on murmura un peu, on préféraitfaire comme si de rien était, et continuer à profiter de la vie facile de cette belle cité.
Dans les rues propres et nettes de la ville d'Ys, jamais on ne voyait un mendiant. Si l'un d'eux voulait passer les portes, on le rejettait aussitôt. A force de vouloir conserver ses richesses, la ville avait endurci son coeur et perdu son âme.
Or un jour, arriva dansla ville un jeune homme d'une étrange beauté, prince d'une lointaine contrée. Ses vêtements étaient d'une telle richesse que, même à Ys, on les remarqua.
Dès qu'elle le vit venris, la princesse Dahut n'eut de cesse de l'avoir à sa table. Tout le soir, elle fut sous le charme de l'étranfer, à tel point qu'elle en oubliamême de danser.
Vers la fin de lasoirée, le jeune prince se leva et, frappa dans ses mains, il dit:
-Je vous propose maintenant un branle que va jouer mon musicien personnel.
On vit apparaitre alors un nain vétu d'une peau de bouc, qui se mit à souffler avec entrain dans son biniou.
Aussitôt, tousles invités se mirent à danser le branle.Maisplus ils dansaient, plus le rythme de la musique s'accélérait et ils n'arrivaient plus à s'arrêter.
Alors le jeune prince se pencha vers l'oreille de Dahut...
Tout deux, ils quittèrent discrètement le bal sans être vus, et s'éloignèrent le long des remparts.
Les deux mains posées sur le rebord de la fenêtre de la plus haute tour, le prince parcourait du regard la mer au clair de lune.
-Vous avez là une bien belle ville, murmura-t-il à Dahut.L'homme qui possède les clés de ses portes est un homme puissant.
-Mon père possède ces clés.
-Seul ?
-Seul.
-Il refuse donc de partager son pouvoir ?
-Sans doute, répondit Dahut, qui déjà commençait à en vouloir à son père.
-Ne serait-ce pourtant pas à la personne qui est le coeur de cette cité, d'en garder les clés ?
-Que voulez-vous dire ?
-Vous,belleDame, vous êtes la grâce, la beauté, l'intelligenceet la passion, le coeur de cette cité.
-Mon père ne semble pas penser ainsi...Je ne puisjamais rien obtenir de lui.
-Votrepère est bien vieux. Comment laisser un tel pouvoir entre de tremblantes mains ?...Si vousm'aimiez, belle Dame, vous sauriez que j'ai raison. Qui vous empêche de subtiliserles clés à votre père pendant son sommeil ? Vous deviendriez maitresse de la ville, et en feriez ce que bon vous semblerait.
Le lendemain à l'aube, le roi Gradlon se réveilla en suraut: il n'avait plus les clés de la ville autour du cou. Il fit appelé St-Gwénolé.
-Le malheur est sur nous ! s'exclama le saint. Prenez ce que vous avez de plus précieux et fuyez cette ville.
A peine eut-il prononcé ces mots qu'on entendit comme un mugissement.
Les portes de la ville s'étaient ouvertes, la mer s'engouffrait dans la cité.
Le roi Gradlon sauta sur son cheval, qui se mit à galoper de toutes ses forces, fuyant devant la mer en furie. Les flots le poursuivaient, balayant tout sur leur passage.
-Mon père, secourez moi ! cria Dahut du depuis le haut des remparts.
Ce jeune prince trop beau l'avait trompée, il avait obtenu d'elle qu'elle lui confie les clés, puis avait disparu. Et maintenant, les portes de la ville étaient grandes ouvertes.
-Mon père, ne me laissez pas !
Gradlon fit arrêter son cheval pour permettre à sa fille de sauter en croupe. Mais voilà que le cheval n'arrivait plus à avancer, ses pattes fléchissaient, il hénissait déséspérément, comme s'il avait à supporter un poids intolèrable. La mer s'avançait. La mer les rattrapait.
-Roi Gradlon ! cria alors Gwénolé, c'est le diable que vous portez en croupe ! Il faut vous en débarrasser.
Stupéfait et affolé, le roi ne pouvait se résoudre à rien. Jetter sa fille à l'eau, jamais il ne le ferait.
Alors Gwénolé s'approcha de lui. Il toucha Dahut de son doigt, et elle s'abîma dans la mer, soulevant des vagues d'écume blanche.
Quand enfin le roi Gradlon atteignit la terre ferme, quand son cheval se fut hissé sur le plus gros rocher, il se retourna...Sa ville avait disparu. Il n'en restait rien. La mer miroitait doucement dansle soleil levant. Ys n'était plus.
***
Depuis ce temps, il est arrivé des choses curieuses dans ces contrées.
Un pêcheur ayant plongé pour dégagé son encre qui était bloquée, s'aperçut avec stupéfaction qu'elle était prise dans les barreaux d'une fenêtre. Il regarda par le carreau et vit qu'il s'agissait d'une église, une église magnifique, pleine de fidèles...Pourtant, le prêtre était seul à l'autel, et personne ne répondait la messe.
Tout suffoqué, le pêcheur remonta à la surface et raconta son histoire.
-Malheur! lui dit-on, tu as vu la ville d'ys. Si tu avais répondu à lamesse, tu aurais sauvé toutes ces âmes perdues.